Soraya : « J’ai encore du chemin à parcourir avant de laisser une réelle empreinte ».

Il y a des femmes qui excellent dans les domaines où on les attendait le moins. C’est le cas de Madame Soraya, une congolaise installée à Lubumbashi dans le Haut Katanga, où elle exerce dans le domaine des mines. Florilège Magazine l’a contacté pour raconter ce qu’elle est, ce qu’elle fait et surtout comment elle y est arrivée. Voici l’intégralité de son interview dans les lignes qui suivent.

Florilège Magazine (FM) : Bonjour, qui est Madame Soraya ?

Madame Soraya (MS) : Bonjour et merci beaucoup pour la parole que vous m’accordez à travers cette interview. Je suis une femme Congolaise, Spécialiste en développent et mère d’une fille, Latifah. Je suis experte dans le domaine minier où j’ai près de 9 ans d’expérience. Mais toute profession cumulée, je travaille depuis 14 ans dans divers domaines surtout celui des ressources naturelles et de la communication. J’ai aussi remporté plusieurs prix dont deux couronnes nationales: Miss leadership DRC 2011 et Woman Of the Year 2015.

FM : Vous êtes une des femmes très connues dans le secteur des mines, pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?

MS : Le domaine minier est l’un des secteurs les plus importants en République Démocratique du Congo (RDC). Je ne voyais pas mes actions avoir un impact positif dans l’amélioration des vies des Congolais sans passer par ce domaine. On y retrouve les communautés locales, le secteur privé et le secteur public. Ce sont les acteurs principaux de tout développement durable.

FM : Que peut-on retenir de votre parcours professionnel?

MS : Je pense qu’il est un peu tôt pour le dire. J’ai encore du chemin à parcourir avant de laisser une réelle empreinte. Mais au cours de ma carrière, j’ai développé une approche scientifique dans ma recherche sur les problèmes et une approche inclusive dans la recherche des solutions. Partout où j’ai été, j’ai non seulement travaillé en étroite collaboration avec le secteur privé et public, mais aussi et surtout avec les populations locales.

FM : La RDC est un scandale géologique comme on le dit, mais la population ne bénéficie quasiment pas de ces richesses. Comment expliquez-vous ce contraste?

MS : C’est un problème des institutions qui sont en place. Aussi étrange que ceci puisse paraître, nous ne nous sommes pas complètement débarrassés du système colonial d’avant l’indépendance et du système dictatorial qui prenait les richesses des congolais comme des biens privés. A ce jour encore, plusieurs autorités étatiques s’allient avec des étrangers pour piller le Congo en quasi impunité. Nos lois sur l’investissement sont plus favorables aux étrangers qu’a l’Etat et aux communautés locales. Le régime fiscal est poreux et facilite l’évasion fiscale massive. Mais tout n’est pas que noir. Grâce à la Société civile et à la volonté de quelques dirigeants et quelques compagnies respectant le droit international, le Congo a entrepris d’améliorer son cadre légal. Il nous faudra un peu de patience pour voir aboutir ces efforts et surtout pour en observer les résultats.

FM : Vous avez été primée « Woman Of the Year 2015 : femme de l’année 2015 » dans le secteur des mines. Qu’avez-vous ressentie en recevant ce prix ?

MS : Une grande fierté et une grande humilité. Il y a tant de femmes qui font plus que moi dans ce domaine et qui auraient été faites de bien meilleures lauréates, mais leurs efforts ne sont peut-être pas encore suffisamment connus, car elles travaillent en tout altruisme et en toute humilité. Je pense à Elisabeth Caesens, l’ancienne Directrice du Programme de gouvernance minière du Centre Carter qui a fait tant pour ce secteur au Congo (RD.).

Je pense à Mwamikazi de Luhwindja, à l’Honorable Espérance Baharanyi du Sud-Kivu ou encore à Madame Chantal Bashizi, Directrice administrative du Cadastre Minier. Mes pensées vont également à Madame Dorothée Masele ou à Madame Bibiche Effomi, respectivement de Tenke Fungurume Mining et de Banro. Mais je pense aussi à ces femmes des communautés locales qui sans attendre une quelconque organisation internationale ou une quelconque reconnaissance, ont décidé de changer leurs destins, celui de leurs familles ainsi que celui de leurs communautés. C’est à ces femmes et à ces jeunes filles que je dédie ce prix et c’est pour elles, avec elles que je compte travailler dans les mois à venir.

Renforcer les capacités pour plus de rendement

FM : D’autres femmes sont aussi dans ce secteur. Mais qu’avez-vous fait pour que vous bénéficiiez de ce prix?

MS : Je n’ai pas donné de poisson, j’ai appris à pécher. Mon dernier travail en tant que Directrice adjointe du Centre Carter consistait au renforcement des capacités techniques et organisationnelles des ONG locales œuvrant dans le secteur des ressources naturelles. Ceci a permis en un temps relativement court de former plusieurs experts dans le domaine, qui à leur tour, ont eu un impact positif réel dans les communautés de base. Ceci m’a valu une certaine renommée qui est à la base de ce prix. Il est important de noter que ce prix récompense un travail d’équipe et que sans mes collègues du Centre Carter, mes efforts n’auraient pas été portés ci-haut.

FM : Qu’elle place la femme occupe-t-elle exactement dans votre secteur ?

MS : Une petite place. Une place de vulnérabilité, qu’elle ne mérite pas. C’est peut être aussi cette exclusion qui est à la base de l’impact insuffisant sur les communautés locales. Les femmes sont souvent des restauratrices ambulantes, des porteuses, des prostituées. Dans le secteur industriel, plus formel, elles constituent moins de 10% des employées. Je compte me servir de ce prix pour mettre en œuvre des projets qui permettront d’intégrer les femmes dans la chaine de valeur du secteur minier et améliorer leurs conditions et ce faisant, améliorer la vie de leurs communautés.

Investir dans le capital humain

FM : Est-ce que le Gouvernement congolais peut continuer à compter sur le secteur minier pour son développement, ou doit-il aussi penser à d’autres secteurs ?

MS : Le secteur minier a toujours été un grand pilier pour le développement de la RDC et continuera de l’être. Mais le Congo doit, de toute urgence, investir dans une autre ressource encore plus importante : le capital humain. Une population éduquée, en bonne santé et en sécurité est une population créatrice et innovante. Je développe actuellement quelques idées avec mon ami l’Honorable Patrick Muyaya de l’Assemblée nationale qui a fait de l’éducation et de la création d’emplois son cheval de bataille. Cela, couplé aux ressources naturelles et aux opportunités uniques qu’offrent notre pays feront du Congo un vrai catalyseur du développement de l’Afrique et du monde.

FM : Quel est l’avenir du secteur minier congolais

MS : Je suis optimiste. L’avenir est brillant. Avec les réformes étatiques, les organisations de la Société civile renforcées dans leurs capacités, le secteur privé désormais mobilisé pour un impact positif, tous les ingrédients sont réunis pour un vrai décollage. Mais ces efforts doivent être soutenus par des réformes dans d’autres domaines tels que la sécurité, l’industrialisation, la démocratisation et la bonne gouvernance (alternance politique et lutte contre la fraude et la corruption). Je ne sens pas encore cet engouement collectif dans le leadership politique actuel. Seuls quelques membres sont mobilisés, à titre individuel.

FM : Pour terminer, que direz-vous à tous ceux qui vont vous lire à travers cette interview ?

MS : Je remercie Florilège Magazine pour cette interview et j’appelle les congolaises et congolais à travailler, chacun à son niveau, pour un Congo meilleur que nous allons léguer à nos enfants. Notre hymne ne dit-il pas : « …par le labeur, nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, dans la paix » ?

Propos recueillis par Belinda Idiakamba

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