Lutte contre les changements climatiques, la protection des océans s’impose

En marge du réchauffement de la planète qui met à mal les économies mondiales et la vie des milliards d’êtres humains sur la planète terre, l’on se pose aujourd’hui la question de savoir qui est responsable de la santé de l’océan?  Les océans constituent les premiers puits carbone de la planète, séquestrant 80% des gaz à effet de serre (GES). Malheureusement, ils sont devenus des émetteurs de carbone, à cause de la pollution dont ils sont l’objet. L’océan est l’une des plus importantes ressources sur terre, il contribue à l’alimentation de 4 personnes sur 10 dans le monde. Il atténue les risques du changement climatique, et permet à des milliards de personnes de subvenir à leurs besoins.

La survie humaine dépend de la bonne santé de l’océan. Pourtant, nous continuons à le polluer, l’épuiser et le dégrader en prélevant des quantités importantes de ressources et de n’importe quelle manière. Comment prendre des décisions qui profitent à l’écosystème tout entier plutôt qu’à la population d’une nation, d’une ville ou d’un village?
Les communautés côtières de tous les continents se posent des questions qui doivent s’acheminer vers des réponses communes. Les récits de trois communautés côtières en Inde, en République démocratique du Congo et au Pérou illustrent l’enjeu mondial partagé par tous. En adoptant des pratiques durables, ces communautés indiquent la voie à suivre pour un avenir plus sain, durable et prospère.

Littoral du Sindhudurg dans l’État du Maharashtra en Inde
L’inde est le 12ème producteur mondial de poisson. 20 millions d’habitants des régions côtières indiennes vivent et mangent grâce à la mer et à la richesse de sa biodiversité. Mais les prises de poisson diminuent. Dans le Sindhudurg, situé sur l’une des côtes les plus riches du monde en matière de biodiversité, les pratiques de pêche destructrices et la pollution déséquilibrent l’écosystème et laissent les pêcheurs bredouilles. Aujourd’hui, les membres de ces petites communautés apprennent à préserver leur environnement et adoptent un mode de vie durable.

Depuis 2012, des hommes et des femmes du littoral occidental indien pratiquent l’élevage du crabe de mangrove dans des écloseries de vase pendant des mois avant de les récolter. Ces éleveurs de crustacés préservent ainsi leur milieu naturel et augmentent leurs revenus grâce à la hausse de la demande mondiale en crabes et huîtres. Les exportations indiennes de crabes de mangrove étaient estimées à un total de 13 millions de dollars en 2015, selon une étude.

Des milliers de personnes au Sindhudurg dépendent de l’océan pour subvenir à leurs besoins. Auparavant, les hommes faisaient tout. Désormais, les femmes peuvent aussi élever le crabe. Grâce aux crabes de mangrove, Samiksha Gopal Gawker, éleveuse de crabes de Mangrove, fait vivre non seulement sa famille, mais également sa communauté entière. Elle est membre d’un groupe d’entraide, formé d’hommes et de femmes qui s’associent pour mutualiser leurs revenus.

Moanda, province du Kongo central en République démocratique du Congo
La pêche est une activité vitale pour les habitants de Moanda, ville située sur la côte atlantique, à l’ouest de la RC. Mais depuis quatre ans, la pollution, les forages en mer et l’arrivée de bateaux de pêche chinois ont fait chuter les prises et fragilisé l’économie locale.

Le pays est reliée à la mer par un corridor débouchant sur une bande côtière de 40 km. Cet accès restreint aux ressources maritimes le rend particulièrement vulnérable à la montée du niveau de la mer et à l’érosion qui l’affecte. Personne n’avait prévu que ces phénomènes progresseraient si rapidement : au cours des 10 dernières années, 15m de littoral ont déjà disparu, comme l’atteste d’ailleurs le Professeur Albert KABASELE, négociateur de la RDC à la Convention Cadre des nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Pour lui, ces phénomènes vont encore s’aggraver dans les années à venir, et la ville court des gros risques.

Heureusement, un nouveau projet vise à doter les villes côtières des connaissances et des ressources nécessaires pour les protéger de la menace du changement climatique. Un système de collecte de données aidera les habitants à suivre les conséquences de l’érosion du littoral et à prévenir les plus vulnérables d’entre eux de tout danger imminent. Le programme aidera également les collectivités locales à planifier des projets de développement qui anticipent les conséquences probables du changement climatique, et formera les pêcheurs à des pratiques plus durables, respectueuses de l’écosystème local de Moanda et, par extension, bénéfiques du point de vue économique.

Tous les pêcheurs n’attendent que l’arrivée du projet dans les différents villages, à l’instar d’Emmanuel NZAU, pêcheur depuis 40 ans. « Maintenant, on a l’habitude de partir pêcher en haute mer, parce que c’est là qu’on trouve un peu plus de poisson, quand on s’éloigne des côtes, on n’a aucun moyen de prévoir le risque de pluie ou de tempête », a-t-il indiqué. Il raconte que des pêcheurs périssent en mer, victimes d’accidents. Voilà pourquoi il attend avec impatience la mise en œuvre du projet dans son village, notamment les étangs d’aquaculture.

Tout le monde n’étant pas pêcheur, les femmes cultivent le manioc et l’oignon dans les potagers. Mais l’activité qui permet vraiment de vivre, c’est la pêche. À mesure que l’océan érode les littoraux dans le monde, Emmanuel constate que la ressource même dont il dépend pour sa survie menace ses moyens de subsistance de deux façons directes : d’une part, la mer gagne progressivement du terrain à l’intérieur des terres, mettant en péril sa communauté, et d’autre part, il doit s’aventurer de plus en plus loin sur l’océan en quête de bonnes prises, ce qui le rend plus vulnérable aux aléas de la météo. “Quand j’étais enfant, l’océan se trouvait à 100 mètres en contrebas du village, et il n’y avait pas de forage en mer comme on en voit aujourd’hui”, se souvient-il. ”Aujourd’hui, l’océan avance vers le village!” s’exclame-t-il.

Alto Puno au Pérou
Plus à l’ouest, au large des côtes péruviennes et chiliennes, le grand écosystème marin du courant de Humboldt est l’un des plus productifs au monde: 20 % des captures globales de poisson. Or la surexploitation de ses ressources entraîne des répercussions en chaîne sur tout le grand écosystème marin, et notamment sur la présence des algues.

On ne saurait trop insister sur l’importance de la flore marine du point de vue écologique : celle-ci produit plus de 50 % de l’oxygène que nous respirons. De plus, les algues constituent un produit de la pêche précieux au Pérou, mais avec leur raréfaction, leur récolte qui se limitait autrefois à un simple ramassage sur les plages est devenue plus compliquée.

Cette fédération de pêcheurs locaux plante, prélève et extrait des algues sur une concession de 34 hectares dans la baie de Paracas. Les pêcheurs se sont associés pour établir des pratiques plus durables et, avec le soutien technique et financier d’ALGAEX et du PNUD, ils ont vu leurs rendements augmenter de plus de 30% après des années de déclin. Leurs méthodes s’appuient sur les propriétés biologiques uniques des macro-algues à se reproduire en laboratoire, et leurs efforts permettront de replanter les champs d’algues locaux pour les années à venir.

Le constat de Dario Aquise Gutierrez, Président du Groupement de Pêcheurs d’Alto Puno est alarmant : « Autrefois, les algues gigartina chamissoi étaient plus abondantes et simplement rejetées sur le rivage et on n’avait pas besoin de plonger pour les récolter. Maintenant, à cause du courant et d’autres phénomènes, la situation change et on doit plonger », a-t-il déclaré.

Grâce aux algues produites en laboratoire, Darío et ses compagnons de pêche ont replanté 25 hectares de fonds, engendrant des pratiques de culture très efficaces et durables au sein d’une communauté qui a auparavant surexploité la ressource. Il a expliqué que cinq groupements ont mis au point un projet pilote. Ils se consacrent maintenant exclusivement à ce type de travail.

Aujourd’hui plus que jamais, l’attention devra être focalisée non seulement sur les ressources forestières pour lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi et surtout sur les océans qui englobent fleuves, mers, lacs, rivières et cours d’eau, et développer des projets limitant la pression exercée sur ces ressources. Une solution pour sauver notre planète.

Ruben Mayoni

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