Le téléphone portable, nouvelle « arme » contre la déforestation

Les océans séquestrent jusqu’à 80% des gaz à effet de serre (GES) émis dans l’atmosphère. Les forêts tropicales quant à elles piègent 20% de ces gaz et jouent un rôle capital dans la régulation du climat. En ce sens, la destruction du couvert forestier a des conséquences néfastes sur l’équilibre écologique. D’où, la lutte sans merci contre la déforestation dans les pays forestiers, ceux du Bassin du Congo dont la République Démocratique du Congo (RDC), ceux du bassin de l’Amazonie en tête le Brésil et le bassin du Bornéo Mékong. Une innovation, le téléphone portable contribue à cette lutte.

Depuis plusieurs années et même en cette année 2017, les ravages de la déforestation ne sont plus un secret pour personne : contribution au réchauffement climatique, disparition d’espèces animales et végétales, déplacement des populations indigènes, perte des produits forestiers non ligneux pour les populations autochtones, perturbation de la flore locale… Entre-temps, ce phénomène continue à sévir partout dans le monde, recherche du profit oblige.

Une innovation pour la préservation des forêts

Ainsi, lutter contre la déforestation illégale est plus qu’une nécessité, voire un impératif aujourd’hui. Pour lutter contre cette activité illégale et destructrice de l’environnement, Topher White, un ingénieur américain de 35 ans originaire de San Francisco, a imaginé un système ingénieux : partout dans la forêt, il a installé des Smartphones programmés pour capter le son, même lointain, des tronçonneuses, et lancer un signal d’alerte aux autorités concernées, selon des propos relayés par mashable.france24.com.

Sa start-up, Rainforest Connection, basée à San Francisco, se veut non-lucrative. L’idée lui vient en 2011, lors d’une randonnée dans la forêt tropicale indonésienne, où il a aperçu des hommes couper des arbres, alors même qu’il s’agit d’une zone protégée. Malgré la proximité géographique du personnel de surveillance du parc, personne ne semble s’alerter du bruit de leurs tronçonneuses : la rumeur de la dense forêt le couvre. Partant du principe que la traque à la coupe d’arbres illégale peut se faire par le son, le jeune ingénieur imagine alors un appareil qui détectera automatiquement ce bruit menaçant. Mais rien ne sert de repérer si ce n’est pas pour alerter : l’engin qu’il conçoit est aussi en mesure de signaler en simultané la présence d’abatteurs d’arbres dans les lieux protégés.

Accroché à un tronc, le téléphone portable est protégé des intempéries par une sacoche en plastique et est alimenté par un petit panneau solaire. Bien sûr, le micro du téléphone ne suffisant pas à capter les infimes variations sonores, Topher White a connecté à l’ensemble un micro externe plus sensible. Une fois un son suspect détecté est enregistré, les données sont alors envoyées dans le cloud afin d’être analysées par un logiciel. Si ce dernier repère le son d’une tronçonneuse, il envoie automatiquement un texto ou un email aux autorités, dans lequel est indiquée la position approximative des bûcherons (chaque smartphone couvre une zone de 2,5 km2 de forêt).

Un système d’alarme… et de dissuasion

Si les experts ne cessent d’encourager les gouvernements à utiliser drones et satellites pour mettre fin aux activités illégales, ces appareils plus rustiques disposent d’un atout majeur : ils permettent d’agir rapidement sur le terrain. « La plupart du temps, les bûcherons et autres criminels opèrent en supposant qu’ils ne seront ni repérés ni attrapés », a expliqué Topher White à Popular Science. Dans le souci d’étendre son invention, Topher White a créé Rainforest Connection, une organisation à but non lucratif. En utilisant des Smartphones Androïdes donnés gratuitement, il a pu créer 100 appareils, aujourd’hui installés dans la région indonésienne de Sumatra ainsi qu’au Cameroun, au Brésil, en Équateur et au Pérou. Sa campagne de financement lancée sur Kickstarter en 2014 lui a permis de récolter plus de 160.000 dollars US pour atteindre son but. Aujourd’hui, Topher White veut diversifier l’usage de ses téléphones.

Ainsi, certains de ses téléphones ont aussi été programmés pour repérer les bruits d’armes à feu ou de moteurs de bateau. En Bolivie, ils permettent désormais de protéger les jaguars des braconniers, dont les dents sont utilisées en médecine traditionnelle chinoise. Dans la région de Sumatra, en Indonésie, à l’endroit même où Topher White a installé ses premiers téléphones, ils veillent du mieux que possible sur l’une des plus grandes réserves naturelles de singes gibbons.

L’installation de ces téléphones en RDC pouvait s’avérer indispensable en ce sens que la société civile environnementale crie à longueur des journées à l’exploitation illégale et frauduleuse des bois. Cette action découragerait dans une large mesure les exploitants illégaux tant du côté des industriels que des artisanaux, et surtout que le secteur forestier congolais est soumis à un moratoire datant de 2002 sur l’interdiction d’allocation des nouvelles concessions forestières aux exploitants forestiers.

Ruben Mayoni

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