Femmes des médias : quel avenir professionnel ?

Selon les statistiques, seulement 4% des décisions prises à travers le monde viennent des femmes. Cela signifie que les femmes sont très peu à occuper les instances des décisions. Cette situation n’est pas étrangère à la femme journaliste. La célébration de la journée internationale des droits des femmes doit, à cet effet, constituer l’occasion de réfléchir sur l’avenir professionnel de la femme des médias dans le sens de participer au développement de la RDC.

Parlant du concept genre, cela sous-entend la participation du genre masculin et féminin dans la construction de l’édifice. Quel est et quel doit être l’apport de la femme journaliste dans cette quête du développement ? La question est certes essentielle mais doit nécessairement être liée à un examen minutieux de la situation sur le terrain.

L’exemple d’ailleurs

Je suis partie d’un article de Pierre Asselin, journaliste au Soleil du Canada. L’article est intitulé : « futur métier : journaliste. Sexe. Féminin. Ce journaliste de la fédération professionnelle des journalistes du Québec se pose la question de savoir si le journalisme est toujours un métier d’hommes. Il répond dans cet article en affirmant que ce n’était plus pour longtemps, car les nouvelles recrues sont en grande majorité des filles… sauf dans les postes de direction.

En effet, sur les 8 dernières embauches des journalistes au soleil, 7 sont des filles. Dans les programmes de journalisme, les filles constituent 75 % des étudiants. Elles produisent pourtant un meilleur travail scolaire mais sont loin de prendre le contrôle des salles de rédaction. Les filles ont encore pas mal du chemin à faire. A mon avis, ce tableau peint reflète la situation dans plusieurs pays africains notamment en RDC. Il n’y a pas besoin des statistiques pour se rendre compte qu’elles ont envahi les écoles de journalisme ainsi que les rédactions.

Qui est réellement la femme des médias ?

Mais, il est vrai aussi que nos rédactions ne regorgent pas d’autant de femmes responsables. Pourquoi ? C’est le sens même de ma réflexion qui est basée sur mon expérience personnelle en tant que responsable d’une rédaction à l’époque où j’ai évolué à Raga, mon expérience acquise à l’Agence Galaxie Médias et de l’observation de l’environnement médiatique congolais en général et Kinois en particulier.

Ma réflexion part d’une assertion très populaire affirmant que la femme est un être faible. Ce qui n’est pas le cas. Il a été prouvé qu’en laissant une femme et un homme sans eau et nourriture pendant au moins un temps, la femme se montre, selon les conclusions, plus résistante que l’homme. Ce n’est plus aussi vrai que les femmes ne peuvent pas faire de métiers physiques. La thèse a été battue en brèche avec l’émergence des femmes chauffeurs tant de taxi que de bus, mécaniciens, ingénieurs, bref dans les domaines autrefois réservés aux hommes.

En plus de cette force mentale et de la résistance, elle a des capacités intellectuelles, morales et autres. Cependant, à côté de ces capacités, il existe énormément des freins qui font que beaucoup de femmes journalistes n’occupent pas de poste de responsabilité alors qu’elles sont majoritaires dans les médias surtout audiovisuels. J’en ai épinglé plusieurs, dont les plus importants pour moi sont notamment la limitation de ses ambitions : la journaliste qui veut jouer au sex-symbol, le manque de professionnalisme et de discipline personnelle et enfin le manque de moyens.

Les freins au métier

Concernant le premier frein, à la base, il y a les coutumes et traditions, mieux, les pesanteurs culturelles qui ne permettent pas à la femme de développer suffisamment ses ambitions comme son collègue homme. J’en ai pour exemple une étude réalisée en 2014. Il s’agit d’un rapport de monitoring qui a montré que les femmes sont bien souvent interviewées dans de rôle mineur. Les récurrences de représentativité inégale sont légion. Elles sont rarement interrogées en tant que sources, expertes ou en tant que célébrités. Mais au-delà de ce constat, il faut dire que les femmes reçoivent l’attention médiatique plus que les hommes en tant que victimes de violence et donc dans les « bad news ». Ainsi, l’emprise des coutumes n’aide pas le progrès vers l’égalité. La femme vit dans une atmosphère caractérisée par la prédominance de l’homme.

Tenez, la couverture sur l’égalité du genre occupe 0,5% de couverture des médias alors que la politique en occupe 23%. Comme l’a dit une camerounaise journaliste, « généralement lorsqu’on parle des journalistes engagés en Afrique, les vraies images qui apparaissent le plus sur l’écran ce sont celles des hommes. Les femmes, on leur réserve la presse ordinaire et docile qui caresse les tenants du pouvoir dans le sens du poil. » Je peux vous rassurer que l’époque où la femme était négligée aux travaux familiaux est en train de passer.

En choisissant de devenir journaliste, on doit être consciente qu’il serait difficile d’avoir une vie privée normale, car cela exige énormément de mobilité et une abnégation sans nulle pareille. L’actualité évolue si rapidement que nous avons à peine le temps de penser à autre chose, mais c’est le prix à payer quand nous voulons exercer ce métier qui nous passionne. Et le mérite, c’est d’arriver à bien accomplir sa mission de journaliste sans faillir comme épouse, mère ou tout simplement comme femme. Comme le disent certains observateurs de la société, c’est à l’homme de décider s’il recherche une femme intelligente et autonome ou dépendante et soumise.

Face à certaines considérations qui minimisent les capacités intellectuelles de la femme, j’aime rappeler que nous avons la possibilité homme ou femme de développer à notre guise notre cerveau. En ce qui me concerne, je ne me considère pas inférieure et ceci ne pourrait en aucun cas constituer un obstacle pour moi. Les discriminations sont là. C’est certain, mais on doit aller au-delà et ne pas en faire un handicap.

La journaliste, sex-symbol ou journaliste tout court ?

Sur ce, deux facteurs apparaissent : la part de la société et la part des parents. La part de la société en ce sens que la journaliste n’est pas épargnée. On la met au-devant de la scène pour arracher un scoop ou juste agir dans certaines circonstances en mettant en exergue sa féminité et non ses capacités professionnelles. Dans ce cas, elle est un être qui peut séduire au bénéfice de son travail. Toutefois, il y a aussi sa propre responsabilité, lorsqu’elle met en avant son corps ou ses qualités de femme. Là, il y a un choix à opérer soit être sex symbol à l’instar des actrices du cinéma ou être journaliste tout court, c’est-à-dire cette femme qui exerce son métier en respectant les normes et principes de cette profession si noble.

Avec la mise en cause de certaines journalistes dont des sex tape ont circulé dans tous les réseaux sociaux, il y a lieu d’attirer l’attention des uns et des autres sur le comportement à adopter, les habitudes à afficher en public et surtout l’importance de la journaliste en tant que personnalité publique du pays. Le manque de rigueur, de professionnalisme et de discipline personnelle est un véritable frein pour les femmes journalistes.

Là-dessus, les femmes doivent se lancer dans la relation des faits importants et ne pas se contenter des chiens écrasés ou se complaire dans ces genres de reportages. On est traité à la hauteur de ses compétences en se faisant accepter, en s’imposant. Ce frein peut être vu sous deux volets. Les responsabilités de la femme en tant que mère ou épouse qui peuvent l’empêcher d’être à la hauteur de ce qu’on attend d’elle. Et ça, ce n’est pas le propre de journaliste. Toutes les femmes se butent à cette réalité.

Celles qui se distinguent, ce sont celles qui arrivent à allier travail et ménage, un véritable parcours de combattant. Le deuxième volet est lié à l’éducation reçue. Là, intervient la part des parents. Mais généralement, cette éducation est conditionnée par l’environnement social. Bien souvent, les parents déterminent ce que seront leurs enfants. De moins en moins, ils forment des battantes. Quand elles le sont, elles sont pointées du doigt par la société qui les traite comme des hommes déguisés en femmes. Une position qui les fruste et de fois les renferme davantage. Aucune femme n’aime être qualifiée d’insensible. Certaines lâchent même prise pour ne pas avoir à faire à l’œil de la société. L’autre frein, c’est la difficulté de mobiliser les ressources financières pour réaliser un projet. La pauvreté a un visage féminin, dit-on.

On a longuement parlé des freins, mais la réflexion doit prendre en compte aussi les solutions. A mon humble avis, on peut contourner ces difficultés par une bonne formation continue et pourquoi pas la spécialisation pour bien s’assumer. Et si évoluer dans un environnement d’une rédaction avec autant de contraintes est trop rude, il faut se lancer en free-lance. Cette liberté de ton qu’est le blogging (site web) offre beaucoup d’avantages notamment se faire l’avocate des réformes, des innovations et autres causes, de dénoncer toute discrimination, harcèlement sous toutes ses formes et des préjugés fondés sur le genre.

En réalité, la femme doit être agent de promotion des droits des femmes. Ce n’est pas aisé, mais ça vaut le coup. Mon regret est que les femmes congolaises y compris moi-même, n’osent pas beaucoup sortir des sentiers battus.

Rosette MAMBA

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